SOCIETE FRANCO-ALGERIENNE DE PSYCHIATRIE

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Le suicide en Algérie

Stress, dépression nerveuse, chômage, mal vie

Chaque jour, un Algérien se suicide…

En finir avec la vie pour fuir une réalité trop dure à supporter, telle est la situation qui a emporté l’année écoulée 177 âmes algériennes recensées par les services de police, à l’heure où de son côté la Gendarmerie nationale a enregistré le triste record de 128 cas. Y a-t-il lieu de s’alarmer ? La réponse est sans doute oui, car la courbe est ascendante et le nombre des suicidés enregistre une hausse, même si elle est légère. Le constat fait par la police le confirme, le phénomène connaît une constante évolution depuis l’année 2005. Ainsi, de 114 victimes en 2005, on est passé à 169 cas en 2006, pour arriver à 177 en 2007.

Parmi ces 177 cas enregistrés, 168 sont majeurs, dont une grande partie constituée par la gente masculine, soit 135 cas, contre 33 femmes suicidées. Les mineurs ont aussi appris à se donner la mort, ils ont été 8 garçons et 1 fille à avoir mis fin à leurs jours l’année écoulée, alors que les filles ont été beaucoup plus nombreuses à tenter de se suicider, avec 42 tentatives contre 3 pour les garçons qui ont tenté de mourir. L’acte de renoncement à la vie est devenu une pratique non exceptionnelle dans notre pays. Des spécialistes parlent même de statistiques en deçà de la réalité. Il est vrai que la désertion du champ de la recherche scientifique par les spécialistes et les chercheurs a laissé aux services de sécurité le seul soin de recenser les cas de suicide, ce qui réduit les chiffres aux seuls cas traités par ces services, alors que le phénomène est plus important. Certaines familles dissimulent la cause de disparition de leur proche pour ne pas avoir à supporter la charge de la condamnation religieuse et sociale qui pèse sur le recours à l’acte de mort volontaire. Il est d’ailleurs souvent constaté que le suicide est perçu comme un acte répréhensible dont l’aboutissement constitue le début d’une condamnation collective que devra supporter toute la famille des années durant. Donc si le suicidé se délivre d’une charge, il transmet à son entourage la lourde tâche d’essayer de comprendre lorsqu’il est trop tard le sens et les raisons de son acte. Les familles arrivent mieux à gérer lorsque la tentative de suicide échoue. L’appel au secours du candidat au suicide devenant audible et le recours au psychiatre est encore possible. Les tentatives de suicide, qui sont un signe de détresse, sont encore plus nombreuses que les suicides qui aboutissent. 559 tentatives de suicide ont été recensées durant l’année dernière par la direction de la sûreté publique contre 575 en 2006 et 358 en 2005. Si les femmes étaient moins nombreuses à tenter de se suicider en 2007, avec 188 cas contre 326 pour les hommes, elles ont toujours été supérieures en nombre durant les années écoulées dans le cas des tentatives de suicide. C’est d’ailleurs la première fois en cinq ans que les tendances sont inversées en matière de tentative de suicide. Elles ont été 318 à tenter de se suicider en 2006 contre 163 hommes. Alors qu’une année auparavant, les femmes avaient été 190 à tenter la mort contre 124 hommes, et 238 contre 158 en 2004.

Les femmes sont plus enclines aux tentatives de suicide

Les scientifiques estiment que les femmes sont plus enclines aux tentatives de suicide qu’au suicide, car il s’agit d’appels au secours qu’elles lancent, plutôt qu’une réelle envie de mourir. Pour ce qui est des raisons menant au suicide, l’étude effectuée par la DSP montre que le phénomène du suicide touche particulièrement les couches défavorisées. Si la dépression est généralement la cause directe du suicide, les conditions socioéconomiques sont aussi des facteurs d’exacerbation de l’état dépressif. Ainsi les chômeurs sont souvent les premiers sur la liste des suicidés, signe que le marasme social peut fragiliser encore plus les personnes déjà vulnérables psychologiquement. D’autres facteurs aggravants sont aussi recensés, tels que les problèmes familiaux, les troubles psychiques, les déceptions sentimentales et l’honneur. Lorsque l’envie de mourir se manifeste et se fait pressante, le candidat au suicide use, selon les cas, de moyens susceptibles de rendre son triste projet concret. Produits chimiques, barbituriques, chutes volontaires, pendaison, asphyxie au gaz ainsi que l’emploi d’armes à feu et objets tranchants sont autant de moyens utilisés pour mettre en application l’ultime acte de désespoir. Les statistiques des services de la Gendarmerie nationale font état, pour leur part, de la prévalence du suicide chez la tranche d’âge comprise entre 18 et 30 ans avec 50 cas sur 128, suivie des personnes dont l’âge varie entre 30 et 45 ans avec 39 cas, et 20 autres cas ont été enregistrés pour les personnes de plus de 45 ans et 16 cas pour les mineurs. Les chômeurs arrivent en tête du classement du nombre de suicidés avec 75 cas et 102 tentatives de suicide. La répartition géographique des suicides fait apparaître 17 cas enregistrés dans la wilaya de Béjaïa, suivie de Tizi Ouzou avec 9 cas, et Mila et Relizane avec 6 suicides, talonnées avec 5 cas par les wilayas d’Alger et de Mascara. Le classement de la police confirme la première place pour la wilaya de Béjaïa avec 20 suicides, suivie de Tizi Ouzou aussi avec 18 cas, de Tiaret avec 13 cas, de Constantine avec 12 cas et à des degrés moindres de Mascara, de Batna et de Djelfa.

Nadjia Bouaricha

EL Watan 6 mars 2008

Suicide, toxicomanie, émeutes, harraga, jeunesse et désespérance

El Watan, 29 septembre 2007

Les médias algériens font état, depuis plusieurs mois, d’une augmentation du nombre de décès par suicide, d’un accroissement important du nombre de toxicomanes, des émeutes qui éclatent ici ou là et enfin, d’un phénomène nouveau qui prend de plus en plus d’ampleur dans le pays, l’émigration clandestine ou « harraga ».

Le battage médiatique autour de ces événements, qui rythment la vie sociale et qui sont de l’avis général en relation avec les difficultés existentielles des citoyens, est bienvenu. Il est nécessaire et participe d’une bonne intention : attirer l’attention des pouvoirs publics sur la dégradation des conditions de vie des familles. L’Algérie, faut-il le rappeler, traverse, depuis maintenant une quinzaine d’années, une grave crise économique et sociale. La pauvreté s’est installée dans les foyers. Le chômage, en particulier celui des jeunes, a atteint des proportions inquiétantes, et les inégalités sociales sont flagrantes. Tous les ingrédients pour l’émergence de la violence sociale sont réunis. Pourtant, le pays n’est plus endetté, le pétrole n’aura jamais atteint un tel coût, et les réserves financières sont, nous dit-on, plus que confortables. Plusieurs dizaines de milliards de dollars… Suicide, toxicomanie, émeutes ou émigration clandestine sont des passages à l’acte qui témoignent, s’il en est, du désespoir d’un sujet qui a perdu l’initiative sur son existence et qui n’a, de toute évidence, pas d’autre solution pour s’extraire de sa détresse psychologique. Ce passage à l’acte extrême est associé par le journaliste aux problèmes sociaux des citoyens et au désarroi généré par les problèmes de la vie. Une vulnérabilité particulière et/ou des troubles psychiques sous-jacents peuvent, toutefois, être rencontrés chez certains sujets, en particulier dans les cas de suicide et/ou de toxicomanie.

1- Le suicide :

Les médias y manifestent un intérêt soutenu. Ils tirent, depuis plusieurs mois, la sonnette d’alarme sur ce qui est désormais devenu un « fléau social ». Le suicide est en augmentation dans notre pays, c’est une certitude. Pour autant, nous pensons que les chiffres avancés ici ou là sont en deçà de la réalité. Nous y reviendrons.La récurrence de l’information autour du suicide a amené des observateurs à évoquer un possible phénomène de contagion et/ou d’épidémie. Il n’y a pas de contagion, et encore moins d’épidémie en la matière. Les ingrédients sont néanmoins réunis pour faire du passage à l’acte suicidaire, un événement qui peut se généraliser dans notre pays et confiner à l’épidémie. « L’épidémie est un fait social, produit de causes sociales… », avait écrit, justement, Emile Durkheim. Les causes sociales sont identifiables et le phénomène de généralisation, dont elles pourraient être responsables, donne toute leur signification aux passages à l’acte suicidaire solitaires et individuels, mais aussi aux passages à l’acte collectifs, tels que les jacqueries ou autres émeutes qui, encore aujourd’hui, émaillent régulièrement le quotidien des citoyens. De nombreuses rencontres autour du suicide ont été organisées dans le pays. Ce qui devait en soi être une bonne chose a, par un effet pervers incompréhensible, accentué la cacophonie ambiante et amplifié la « guerre des chiffres ». Loin de rassurer, ces séminaires et rencontres ont donné lieu à des articles de journaux de plus en plus confus et de plus en plus alarmants. Les annonces, souvent en première page, ont rivalisé de vocabulaires, et chaque rédaction s’est ingéniée à trouver la formule appropriée pour faire sensation ou alarmer. Le rôle du journaliste est bien sûr d’informer. Celui-ci doit cependant maîtriser son information et le message qu’il veut véhiculer doit répondre à des règles. Faute de quoi, l’information peut susciter dans le lectorat des réactions inattendues et néfastes.

Quelle est la réalité du suicide en Algérie ?

De nombreux chiffres sont avancés ici et là. Ils ne sont pas officiels et ne sont pas utilisables pour un diagnostic sérieux de la situation. Le désintérêt des pouvoirs publics pour le phénomène est manifeste. Malgré les nombreux articles de journaux faisant état d’une augmentation du nombre de suicides et la multiplication de séminaires et rencontres autour de ce phénomène, aucune enquête nationale n’a été commandée en dehors de celles réalisées à Tizi Ouzou et Béjaïa. Les raisons de ce désintérêt demeurent obscures. D’aucuns affirment que le tabou concernant le suicide paralyse toute initiative des services concernés. Un quotidien national indépendant titrait, il y a plusieurs mois, en première page : « Un suicide en Algérie toute les 12 heures ». Cela fait 728 décès par an. Rapporté à la population du pays (30 millions d’habitants environ) le taux est de 2,4/100 000 habitants. Un rapport de la gendarmerie nationale, rendu public en février 2006, fait état de 192 décès par suicide durant l’année 2005, soit 0,64/100 000. Une autre source, se prévalant des services de police, annonce 210 suicides (0,70/100 000) pour l’année 2004 et 244 suicides (0,81/100 000) pour l’année 2005. 4571 sujets ont mis fin à leurs jours de 1995 à 2003 (soit en 9 ans). Ce chiffre est annoncé en février 2005 à l’occasion d’un séminaire national sur le suicide organisé par le Forem (fondation pour la recherche médicale). Cela fait en moyenne 508 suicides/an, soit 1,68/100 000 habitants. Ces données, qui se revendiquent d’une étude épidémiologique, ne semblent pas, de l’avis même du président du Forem, refléter la réalité. Ces chiffres sont fantaisistes et, en tout cas, non officiels. Les rapports faits ici et là par les services qui traitent directement des cas de suicides (gendarmerie, services de police, protection civile, etc.) ne possèdent pas les informations complètes et indispensables à un diagnostic précis du phénomène. La moyenne nationale habituellement évoquée est de 2 à 3/100 000. Elle n’est certainement pas réaliste. Même si le nombre de suicides en Algérie est en augmentation, nous pensons, et cela peut sembler paradoxal, que ces chiffres sont en deçà de la réalité. Ainsi, pour « alarmante » qu’elle soit, l’information, rapportée par les journaux concernant le suicide dans notre pays, est très loin de la vérité. Le taux de suicides devrait être plus élevé.

Regardons les chiffres ailleurs dans le monde

En France, il y a un suicide toutes les 40 minutes. Soit 12 000 suicides/an. En moyenne, 20/100 000 habitants. En Italie, le taux est de 8/100 000 habitants, il est de 8 en Espagne, de 24 au Danemark et de 13 aux USA.Nous ne connaissons pas la réalité du suicide chez nos voisins du Maghreb (Tunisie et Maroc). Aucun chiffre officiel n’est donné. Comme en Algérie, il semble qu’il n’y ait pas eu de recherches sérieuses dans ces deux pays. Un taux de 3 à 4 suicides/100 0000 habitants est officieusement avancé. Dans le monde, il y a un suicide toutes les 40 secondes. Une tentative de suicide toutes les trois secondes. Un million de personnes sont décédées par suicide en 2001. 1,4% de la morbidité mondiale. Le suicide tue dans le monde plus que les homicides (500 000/an) et les guerres et autres attentats terroristes (230 000/an) réunis. Ce chiffre passera à 1,5 million en 2020. Des statistiques officielles existent dans les pays développés. Elles sont publiques. Elles ne reflètent pas toujours la réalité avec exactitude. « Elles ne sont ni justes ni fausses, ce sont des points de vue », disent les spécialistes. mais elles ont le mérite d’exister et de servir de base de travail et de réflexion aux pouvoirs publics des pays concernés. Les raisons invoquées concernant les erreurs statistiques sont notamment la dissimulation du suicide par les familles et son camouflage en accident ou en mort naturelle. A l’inverse, quelquefois, des homicides sont déclarés comme suicides, pour des desseins faciles à comprendre. Ce cas de figure est plus rare. La dissimulation du suicide est particulièrement observée dans les familles et les communautés conservatrices où l’interdit religieux rythme la vie quotidienne. C’est une donnée universelle. Elle reste valable en Algérie, pays musulman, où le poids des traditions et de la religion est très important.

Pourquoi se suicide-t-on ?

Si le passage à l’acte suicidaire est une affaire privée, il n’engage pas moins le groupe social dans son organisation, dans sa culture et dans ses mécanismes régulateurs. Le suicide marque non seulement le déséquilibre et le dysfonctionnement de la communauté, mais aussi l’échec de ses stratégies d’équilibre. C’est pour cela que le suicide est aussi un problème de société et qu’il interpelle la conscience de chacun. Toutes les religions interdisent le suicide et le suicidé jette la honte sur sa famille qui est vouée au mépris public. L’Algérie est un pays musulman, traditionnellement imprégné des valeurs islamiques. C’est pourquoi le passage à l’acte suicidaire s’y produit, a priori, moins souvent. Dans tous les cas, il est socialement moins visible car quand il se produit, il est tu par les familles qui y sont frappées. En réalité, aujourd’hui, les religions, ciment et régulateur social, n’empêchent plus le suicide, mais elles continuent encore à le taire. C’est pourquoi il n’est pas toujours aisé pour les pouvoirs publics, quand ils en ont la volonté, de prendre connaissance des cas de suicides et d’en faire la comptabilité exacte. C’est pourquoi aussi, des spéculations à la coloration moralisatrice et quelquefois inquisitrice, ont tenté, dans notre pays, de polluer le débat concernant ce problème. Les uns et les autres ont voulu impliquer la religion dans l’origine de la crise psychologique qui amène le sujet à cet acte ultime. La comptabilité morbide égrenée par les médias concernant le suicide en Kabylie a amené des acteurs de la vie politique nationale à interpréter celui-ci (le suicide), comme le résultat d’une carence de la foi dans cette région du pays. Les sujets qui sont passés à l’acte sont stigmatisés, culpabilisés, blâmés et parfois, excommuniés. Le suicidé est ici spolié de son acte en tant qu’initiative individuelle, pour devenir un acte qui engage toute la collectivité. Une manipulation du suicide qui confirme, s’il en est, son caractère social. Il s’agit là, bien sûr, des effets pervers d’une médiatisation exagérée ( ?) du phénomène du suicide. C’est ainsi que nous avons eu à entendre, ici ou là, que le passage à l’acte suicidaire est le fait de sujets agnostiques, athées, communistes, alcooliques, évangélisés et que sais-je encore ? Des jugements de valeurs et des propos infamants ont été ainsi proférés, en particulier par des hommes politiques non seulement à l’endroit des suicidés, mais aussi à l’endroit des régions où une supposée augmentation du meurtre de soi est constatée. De semblables anathèmes ont été proférés dans la Russie (URSS) des années 1920/30 nouvellement communiste, à l’égard des suicidés. Les Bolcheviks attribuaient le suicide « à des classes sociales mourantes et à l’influence de leur idéologie décadente ». Quand le suicide a contaminé — le pouvoir politique d’alors avait évoqué une épidémie de suicide — les membres des jeunesses ouvrières communistes, les responsables du parti s’étaient empressés de dire que les suicidés n’avaient « pas de racine dans la vraie jeunesse ouvrière et révolutionnaire ». Enfin, Staline, en personne, a vite renié son propre fils lorsque ce dernier a tenté de mettre fin à ses jours. « Dis à Yakov de ma part qu’il s’est conduit comme un hooligan et un maître chanteur avec qui je ne peux plus rien voir de commun », avait-il écrit à sa femme. Il est bien sûr inacceptable et est irresponsable de réduire le problème du suicide et les souffrances des sujets à des préjugés moralisateurs, religieux ou politiques. Cela est d’autant plus irresponsable quand ceux-ci (les préjugés) s’habillent de la compétence médicale pour jeter le doute sur la moralité du sujet qui met fin à ses jours. « A Tizi Ouzou, entre deux bars il y a un bar », disait, pour donner du sens au passage à l’acte suicidaire, un confrère psychiatre dans un commentaire concernant le suicide en Kabylie. De tels propos sont contraires à l’éthique, et traiter avec dérision et une telle désinvolture « le meurtre de soi » constitue une tromperie intellectuelle et une faute professionnelle. Réduire le passage à l’acte suicidaire à la quantité de bière consommée ou à l’assiduité avec laquelle est fréquentée une taverne, n’est pas admissible. Cela jette, à titre posthume, l’opprobre et le discrédit sur un sujet dont la détresse est disqualifiée, au profit d’une supposée perversion de ses mœurs.

Qui se suicide ?

« Chaque société est prédisposée à fournir un contingent déterminé de morts volontaires… » Si nous adhérons à cette thèse de Durkheim, il y a bien évidemment des suicides en Algérie. Et ils devraient être très nombreux. Tous les ingrédients y sont réunis. Les sujets les plus jeunes sont les plus vulnérables. Dans l’absolu, le nombre de décès par suicide, ainsi que celui des tentatives de suicide, devrait aller crescendo.

Pourquoi ?

Parce que la population algérienne est très jeune. Plus de 70% des sujets ont moins de 30 ans. Les maladies psychiques les plus graves surviennent avant cet âge. Nous pensons notamment à la psychose schizophrénique, qui apparaît entre 14 et 30 ans, et aux états dépressifs. Même si la grande majorité des personnes souffrant de maladie mentale ne meurent pas par suicide, il demeure que ce passage à l’acte est, dans la majorité des cas, en relation avec une pathologie psychique ou des troubles de la personnalité. Des études réalisées en Europe et aux USA ont montré que 90% des personnes suicidées présentaient un trouble mental. Y sont compris, les troubles liés à l’alcoolisme et aux toxicomanies. Il faut savoir, les psychiatres, eux, savent bien, que le suicide vient parfois révéler une dépression jusque-là méconnue par l’entourage. Le passage à l’acte suicidaire est inaugural. Il en est de même concernant le suicide du schizophrène, l’acte immotivé que rien ne pouvait, a priori, prévoir et justifier. C’est dans ces cas que l’incompréhension fait dire à la famille et au journaliste que le suicidé était jusque-là normal et en bonne santé. Durkheim avait écrit : « … il y a aussi des facteurs de suicide qui font sentir leur action sur l’ensemble de la société… le taux de suicide est le produit de ces facteurs… » Ceci voudrait dire que les problèmes de la vie constituent des éléments qui viennent modifier, au-delà de la vulnérabilité propre à l’individu, le destin des sujets et de la collectivité à laquelle ils appartiennent. Tout le monde ne se suicide pas pour des raisons sociales et/ou économiques. Il est aisé d’imaginer le désastre que cela ferait dans un pays comme le notre, où les problèmes et tracas de la vie sont endémiques. Les événements de la vie et le stress que ceux-ci gênèrent peuvent, toutefois, amener les personnes vulnérables et/ou malades à cette situation extrême. Chez des sujets malades, le passage à l’acte suicidaire est précipité par le handicap social surajouté qui les empêche de vivre en harmonie avec la communauté. Trouver du travail, un logement, un conjoint (une femme ou un mari) est déjà un exploit pour une personne en bonne santé, il est facile d’imaginer la difficulté que cela constitue pour cette catégorie de malades. Les sujets jeunes sont particulièrement exposés et de façon « chronique » aux problèmes de la vie. Nombreux sont ceux qui font très tôt l’expérience de la galère. Exclu de l’école, sans métier, le jeune algérien se retrouve dans la rue. « Se casser » au plus vite de ce pays qu’il n’aime plus, constitue la seule perspective d’avenir. Et pour cause, il n’a pas de travail. Il sait qu’il n’aura pas de logement, il voudrait voyager, avoir une voiture, des loisirs. Tout cela est impossible. Vingt millions d’individus ont moins de trente ans en Algérie, cela fait beaucoup. 30% des sujets en âge de travailler — le chef du gouvernement a, quant à lui, avancé, il y a quelques semaines, le chiffre de 11% — ne trouvent pas d’emploi, en dehors de ceux qui se sont investis dans le trabendo, ce commerce informel qui occupe une bonne partie de nos jeunes chômeurs. Ces derniers, qui ont généralement un niveau scolaire bas, n’ont aucune qualification et travaillent sans couverture sociale. Selon l’office national des statistiques (ONS), 53% de la population occupée, soit quatre millions et demi de sujets, travaillent sans assurance sociale. ( A suivre)

L’auteur est : Psychiatre, député RCD

Docteur Boudarène
 

Dr Benharkat, médecin légiste

« Le suicide reste un sujet tabou »

Le phénomène du suicide reprend de l’ampleur après avoir diminué durant les années 1990, selon le docteur Benharkat, médecin légiste au CHU Benbadis. « Les jeunes adultes ont tendance à vouloir choisir cette solution pour fuir les problèmes du quotidien », affirme-t-il.

Les problèmes psychologiques, psychiatriques, événementiels et sociaux sont responsables plus ou moins de ce choix de mourir. Les difficultés d’adaptation, le chômage ou encore la crise de logement déterminent cette « pathologie », qualifiée par le défunt professeur Belkacem Bensmaïl d’« appel à la vie », puisqu’en voulant mettre fin à leur vie, ces personnes, paradoxalement, lancent un appel au secours. D’après une étude effectuée entre 1985 et 2003, par le Dr Benharkat, 331 cas de suicide ont été enregistrés, dont 252, soit 76% sont âgés entre 15 et 40 ans. Les hommes sont beaucoup plus nombreux à se donner la mort, avec un taux de 62% ; la tranche d’âge la plus touchée est celle de 21 à 25 ans. Le taux des suicidés en milieu urbain est plus élevé (60%) que celui en milieu rural (40%), alors que les célibataires sont plus touchés (75%), par rapport aux mariés (25%). Les sans-emploi sont plus concernés par le phénomène que les autres avec un taux de 73% ; sur la totalité des cas, 33% ont des antécédents psychiatriques. Cependant, le suicide reste un sujet tabou dans notre société, puisque, toujours en rapport à ces 252 cas, pour 65%, les motifs sont soigneusement dissimulés par la famille. Beaucoup de facteurs poussent ces personnes à mettre fin à leurs jours, toujours selon cette étude, tels que les conflits familiaux, conjugaux, les problèmes d’ordre professionnel, la stérilité et l’impuissance sexuelle, l’échec scolaire et universitaire. Les problèmes de grossesses hors mariage et de virginité demeurent les causes les plus courantes des suicides chez les jeunes filles. La pendaison reste la manière la plus fréquemment utilisée dans 44,45% des cas en milieu rural, alors que 35,71% en milieu urbain, ont opté pour le saut dans le vide. D’autres « procédés » de suicide ont également été enregistrés, moins fréquents que les deux premières, tels que l’absorption de médicaments, ou encore par arme à feu lequel a été estimé à 3,17% sur les 251 cas étudiés. Mais le médecin légiste explique en ces termes : « Tout dépend de la ville où se trouve le suicidaire ; s’il réside dans une ville côtière, il optera pour le suicide par noyade, comme à Annaba, où cette façon reste assez courante, à Constantine, est la ville où l’on se jette par les ponts, etc. ». Selon lui, le taux de suicide augmente chaque année, et depuis le début de 2007, une dizaine de cas ont été enregistrés à Constantine et ses environs, dont celui survenu récemment à Chelghoum Laïd, où, pour rappel, un père de famille s’était donné la mort à son domicile en se lardant de plusieurs coups de couteau. Quant aux suicidaires, le Dr Benharkat précisera que le rôle des psychologues, psychiatres, médecins, enseignants et surtout celui de la famille, reste primordial pour l’écoute et l’aide de cette frange de la société psychologiquement fragilisée. Par ailleurs, il mettra l’accent sur l’aspect juridique de cet acte, lequel « ne suscite pas de poursuites judiciaires en Algérie, à l’exemple de l’Angleterre, qui, dans les années 1960, punissait sévèrement le suicidaire, et en cas de décès de celui-ci, c’est sa famille qui était traînée en justice et même privée de ses droits tels que l’héritage ». Pour lui, le suicide reste dans notre société sous-évalué, puisque 10 à 20% des cas ne sont pas pris en compte.

Nesrine B.

El Watan 5 juin 2007

Les représentations sociales du suicide à Oran

Un Groupe de recherche sur le suicide (GRASC), travaillant au centre hospitalo-universitaire d’Oran, depuis 2002, autour du thème « Représentations sociales du suicide à Oran », a abouti à des résultats pouvant intéresser beaucoup de spécialistes de la question.

L’enquête menée par les quatre membres, composant le groupe, a concerné un échantillon de 400 patients accueillis au service des urgences médico-chirurgicales (UMC) de l’hôpital d’Oran. Les personnes interrogées sont de différents âges, sexes et niveau socio-culturel, et jugées les plus en contact avec le suicide. 208 personnes sont des femmes dont 41 ont pensé au suicide, les 192 personnes restantes sont des hommes dont 24 ont pensé mettre fin à leurs jours. Sur un total de 65 patients, qui ont pensé au suicide, les enquêteurs ont enregistré un taux de 38% qui sont passés à l’acte. 12% sont des chômeurs et 21% des étudiants, les autres qui ne sont pas passés à l’acte mettent en avant les arguments du genre : « J’ai peur de Dieu » ; « J’ai peur pour mes parents » ou « La vie est, malgré tout, belle. » Mais pourquoi se suicide-t-on ? Selon les résultats de l’enquête, 17,3% des femmes se justifient par « les difficultés de la vie combinées à la tristesse et au désespoir » contre seulement 12% des hommes. Ces derniers (17,7% d’entre eux contre 10% des femmes) mettent en avant les problèmes de communication. Les conclusions de l’enquête concernant cette question montrent que les raisons du suicide chez l’homme sont liées aux difficultés matérielles et professionnelles, alors que chez la femme, on se penche vers le côté relationnel et affectif. « C’est presque une caractéristique de représentation sociale du suicide où l’homme semble préoccupé par les problèmes matériels et la femme par les problèmes relationnels », peut-on lire dans le document du travail d’enquête qui se poursuit toujours à Oran. La représentation sociale du suicide à Oran ne diffère pas des autres régions. Selon docteur Sebaâ, « la plupart des interrogés sont pour l’idée que “le suicide est une fuite de la réalité” ». 21% considèrent que l’acte du suicide est un crime. 50% des réponses sont d’un niveau coranique, alors que 40% ne sont d’aucun niveau. Les chercheurs déclarent que « l’interprétation coranique du suicide s’amenuise, lorsque le niveau scolaire est très haut. » Souvent, la conception coranique ou religieuse n’est jamais absente.

Qui se suicide le plus ?

Toujours selon les résultats de l’enquête du GRASC, 25% des femmes et 26% des hommes pensent que ce sont les adultes qui se donnent la mort, contre 31% des femmes et 31,7% des hommes qui estiment que ce sont plutôt les adolescents qui mettent fin à leurs jours. Le nombre de tentatives de suicide (508 cas) enregistrées durant l’année 2003 aux UMC d’Oran donne un taux de 70% de femmes et 30% d’hommes qui ont attenté à leur vie. Un chiffre en hausse par rapport à celui de l’année 2001 où l’on a enregistré seulement 295 cas de tentatives de suicide. Les personnes âgées entre 16 et 30 présentent le plus gros chiffre des candidats au suicide. Le sentiment de solitude, les conditions sociales et l’incompréhension de l’entourage ont poussé ces personnes à commettre l’irréparable. « Les politiques doivent prendre en charge le phénomène du suicide, en se rapprochant un peu plus des jeunes, souvent désorientés, parce qu’ils ont peur de l’avenir », conclut docteur Sebaâ.

Lyès Menacer

El Watan 22 mai 2005

36 suicides et 30 tentatives en 4 mois

Le chômage, ce fléau mortel

Le phénomène du suicide connaît une évolution importante dans la société algérienne et semble toucher surtout la catégorie des jeunes sans profession.

C’est ce qui ressort des dernières statistiques publiées par la Gendarmerie nationale. Ainsi, durant le mois d’avril écoulé, 13 personnes, dont une femme, se sont donné la mort, alors que durant les trois premiers mois de l’année en cours, les mêmes services ont recensé 23 suicides dont 7 victimes sont des femmes. Pour ce qui est des tentatives, la gendarmerie a enregistré 7 cas durant le mois d’avril 2007, dont 4 des victimes sont des femmes. Au cours du premier trimestre de l’année en cours, 23 tentatives de suicide ont été enregistrées dont 13 ont été commises par des femmes. Sur les 12 suicides du mois d’avril, 11 victimes sont sans profession, alors que parmi les 7 tentatives, 5 concernent des chômeurs. Par ailleurs, les mêmes statistiques montrent que durant la même période (mois d’avril), les 5 cas de suicide et les 5 autres cas qui ont tenté de mettre fin à leur vie sont âgés entre 18 et 30 ans. Ils constituent la plus importante catégorie des tranches d’âge des victimes. Les mineurs représentent 2 cas seulement de suicidés, le même nombre qui a été enregistré durant le premier trimestre de l’année en cours, alors que 6 cas de tentatives de suicide ont été recensés. La catégorie des 18-30 ans représente 13 cas de suicidés et 14 autres de tentatives de suicide. Elle est suivie de la tranche d’âge des 30-45 ans, avec 4 cas de suicide et 2 tentatives. Cette catégorie d’âge représente la plus grande partie des victimes des tentatives de suicide, avec 14 cas sur les 23 enregistrés durant le mois d’avril 2007. Elle est suivie de celle des mineurs avec 6 tentatives recensées. La catégorie de la tranche d’âge des 30-45 ans concerne 4 cas de suicide et 2 autres tentatives de suicide. Les sans-profession occupent la première place, que ce soit pour le suicide ou pour les tentatives de suicide avec 13 cas de suicidés et 17 ayant tenté de mettre fin à leur vie (durant le mois d’avril). Un élément nouveau apparaît cependant dans ces statistiques, qui font état d’un élève qui s’est donné la mort et de deux autres qui ont tenté de le faire. Les mineurs occupent la seconde place des statistiques, avec 4 cas de suicide enregistrés durant les quatre premiers mois de l’année et 6 tentatives. Les causes de ce geste désespéré n’ont pas été expliquées pour 14 cas de suicide et pour les 6 tentatives du premier trimestre 2007. Néanmoins, pour les 6 suicides, les victimes souffraient de maladie mentale (3 cas) ou de dépression nerveuse (3 cas) et pour 15 cas de tentatives, les motifs sont à chercher dans les problèmes familiaux. Ces derniers ont poussé en outre 4 personnes à vouloir attenter à leur vie durant le mois d’avril 2007, période où 7 personnes se sont suicidées à la suite de dépression nerveuse (4 cas) et de maladie mentale (3 cas). Ce phénomène touche toutes les régions du pays, mais semble caractériser certaines régions par rapport à d’autres, comme Béjaïa, Tizi Ouzou et Bordj Bou Arréridj. Ainsi, Tizi Ouzou vient en tête des suicides au mois d’avril 2007, avec 3 cas, suivie de Bordj Bou Arréridj et Guelma, avec 2 cas chacune. Cependant, durant le premier trimestre de l’année en cours, ce sont Batna, Béjaïa et Relizane qui se sont placées au premier rang avec 2 suicides chacune, suivies de Tiaret, Tizi Ouzou, Alger, Médéa, Mostaganem, El Bayadh, El Tarf, Souk Ahras, Mila et Aïn Defla. Les wilayas de Saïda et Mila viennent en tête des cas de tentatives de suicide, avec 2 cas chacune. Ces statistiques sont en hausse par rapport à celles de l’année 2006 qui a enregistré 117 cas de suicide, dont 30 victimes sont des femmes, et 109 tentatives, dont 72 victimes sont des femmes. Les mineurs représentent 11 victimes de suicide. Ils sont 13 à avoir raté leur acte. La plus importante catégorie des victimes de suicide appartient à la catégorie d’âge comprise entre 18 et 30 ans, avec 37 cas de suicide et 51 tentatives. Elle est suivie de celle des 30-45 ans, avec 36 cas de suicide et 35 tentatives. En outre, les plus de 45 ans représentent 33 cas de suicidés et 10 cas de tentatives. Les chômeurs occupent la première place des victimes avec 92 cas de suicide et 91 tentatives. Ils sont suivis des professions libérales, avec 9 suicidés et 6 rescapés de suicide. Les raisons de ce geste désespéré sont inexpliquées pour 64 suicides et 51 tentatives, alors que les maladies mentales et les dépressions nerveuses constituent le motif de suicide pour 35 cas de suicide et 13 tentatives. Les problèmes familiaux sont à l’origine de 45 cas de tentatives de suicide et 18 suicides. Ces statistiques concernent toutes les wilayas du pays, mais c’est Bouira qui vient en tête avec 13 cas de suicide, dont 5 femmes, suivie de Tizi Ouzou avec 11 suicides, Aïn Defla avec 8 cas, Mila et Tiaret avec 6 suicides chacune. Tiaret occupe la première place des tentatives avec 11 cas, suivie de Bouira et Mascara, avec 7 cas chacune et Alger avec 6 cas. Une situation alarmante, d’autant que ces chiffres ne prennent pas en compte les statistiques des zones urbaines (traitées par la sûreté nationale), où les problèmes de chômage sont plus aigus. Ce qui appelle à une politique de prise en charge sérieuse des jeunes, notamment en matière d’emploi.

Salima Tlemçani

El Watan 15 mai 2007

Nacer Haniche

Pour des raisons encore inexpliquées, le phénomène du suicide dans la wilaya de Bouira prend de plus en plus des proportions alarmantes.

Par le passé, cet acte fatal concernait en général les couches défavorisées ainsi qu'une partie des citoyens qui avaient des difficultés à s'adapter à la situation prévalant dans la région, mais depuis jeudi dernier, ce phénomène est observé même dans les milieux de culte. En effet, nous avons appris qu'un jeune imam suppléant de la commune d'Ahl Leksar, située à 25 km au sud-est de la ville de Bouira, s'est suicidé en se pendant à l'aide d'une corde au cadran de la porte dans son domicile situé près de la mosquée du village Tigmit dans la même localité. Selon nos sources, il s'agit d'un jeune âgé de 23 ans, de la famille Chergui, originaire de Ouled Bouchia à Bouira.

Il avait été recruté, après sa sortie de la zaouïa, dans le cadre du filet social par l'APC, afin d'enseigner le saint Coran aux enfants dudit village. Les mêmes sources ajoutent que le cadavre a été découvert en état de décomposition, par des gardes communaux qui ont été alertés par des voisins du défunt.

Alors que la direction des affaires religieuses considère que ce dernier n'est pas un imam, des témoignages concordants affirment que le défunt avait l'habitude de diriger les cinq prières quotidiennes, en plus de sa mission d'enseignant. Après sa découverte, le corps du défunt a été transféré sur Alger pour autopsie.

Par ailleurs, dans la soirée de mercredi dernier, un homme âgé de 57 ans a tenté de mettre fin à ses jours en se jetant du haut du pont Sayah, au centre-ville de Bouira. Ce dernier, ayant percuté le rail de la voie ferrée après sa chute, a été évacué en urgence vers l'hôpital de Tizi-Ouzou où il demeure toujours dans un état comateux.

9 tentatives de suicide en 48 heures

 18 avril 2007, Par : J. Boukraâ
 

Il ne se passe pas un jour sans qu'on parle d'un ou de plusieurs cas de suicide ou autres tentatives. Une triste réalité qui touche notre société et dont les chiffres ne cessent d'augmenter. A Oran et durant les dernières 48 heures, les services des urgences médico-chirurgicales du CHU d'Oran ont enregistré neuf tentatives de suicide. Toutes ces tentatives ont été faites par des jeunes filles âgées de 16 à 38 ans.

Huit parmi elles ont tenté de mettre fin à leurs jours en ingurgitant des médicaments. Une autre a choisi l'eau de javel pour le faire. Trois d'entre elles sont originaires d'Es-Sénia, les autres de différents quartiers d'Oran. Elles ont subi un lavage d'estomac et leur jours ne sont plus en danger.

Considéré comme sujet tabou, le fait d'attenter à sa propre vie fait désormais partie de la vie quotidienne. Ce genre de crime contre soi concerne autant les femmes que les hommes, avec quand même cette tendance à se concentrer chez les jeunes âgés de 18 à 45 ans. Il est vrai que le suicide n'est pas spécifique à l'Algérie. Cependant, à Oran, le nombre de tentatives de suicide a considérablement augmenté, passant de 295 cas en 2001 à 400 cas en 2002, 508 cas en 2003 pour atteindre 629 tentatives et une soixantaine de cas de suicide «réussis» en 2005. En 2006, une soixantaine (plus de 58) de personnes se sont suicidées sur quelque 300 tentatives. Des chiffres qui ne sont pas réels. Certains suicides n'ont jamais été déclarés. Les tentatives de suicide sont cinq fois plus importantes que l'acte lui-même car, hormis les cas d'absorption de barbituriques et donc d'admission à l'hôpital, le reste n'est jamais déclaré.

Quant aux causes, elles sont familiales, professionnelles, dues à une situation socio-économique ou à des troubles psychologiques. D'autres sources affirment qu'en Algérie, ce sont environ 10.000 personnes qui tentent de mettre fin à leurs jours chaque année, pour la plupart des adolescents, dont un millier réussissent leur coup. Les spécialistes ont estimé que les principales causes du suicide sont, dans la majorité des cas, impossibles à connaître du fait que ce geste désespéré a toujours été considéré par la société comme étant «un acte contraire à l'Islam et aux traditions».

D'autres spécialistes affirment que «le suicide en tant que phénomène social se développe de façon notable dans les périodes de paix, intervenant après une crise économique aiguë ou une guerre prolongée. Aussi, il est normal que l'Algérie, qui vient de sortir d'une longue décennie de terrorisme et de violence, accuse le coup en ce moment». «L'autre facteur est lié aux transformations de la société algérienne et aux changements des moeurs et habitudes de vie et de comportement.

Le Quotidien d'Oran

Algérie - La Kabylie demeure la région la plus touchée par ce phénomène social. Le suicide constitue, aujourd’hui, un véritable problème de par les pertes humaines qu’il engendre, mais aussi des problèmes socio psychologiques qu’il reflète.

Tenu secret aussi bien par les familles des victimes que par les praticiens qui reçoivent dans les hôpitaux des personnes qui se sont donné la mort ou qui ont tenté de le faire, ce phénomène prend malheureusement de plus en plus d’ampleur. Un bilan des services de la Gendarmerie nationale fait ressortir que 112 cas de suicide ont été enregistrés durant l’année 2006 avec 83 du sexe masculin et 29 du sexe féminin. Le suicide touche, selon le bilan, une importante couche de la population, notamment juvénile, poussant les spécialistes à tirer la sonnette d’alarme. Les moins de trente ans représentent 47 cas. Les suicidés viennent de différentes couches de la société, mais sont souvent des personnes sans profession avec 88 cas.
Quant aux causes de suicide, elles sont multiples. Les mêmes services notent la maladie mentale, la dépression nerveuse et le problème familial. Le phénomène touche surtout les wilayas de Bouira (13 cas), Tizi Ouzou (10 cas) et Aïn Defla (7 cas). Elles sont, par ailleurs, 104 personnes qui ont tenté de se suicider. Une récente étude réalisée par la Gendarmerie nationale a fait ressortir que de 1993 jusqu’au 31 août 2005, 3709 affaires de suicide et 1423 tentatives ont été traités. Les suicides constatés concernent 2787 hommes, soit 75,08% des cas, et 924 des femmes, soit 24,91% des cas. Pour l’année 2005, les enquêteurs ont enregistré 136 suicidés dont 112, soit 82,35%, sont des hommes, et 24, soit 17,64%, sont des femmes, pour la plupart célibataires.
 
Pour mieux expliquer ce phénomène, les spécialistes ont indiqué que l’évolution de la famille algérienne, due essentiellement aux facteurs socioéconomiques a laissé des séquelles apparentes sur la structure de la société. Les effets de ces changements ont été accentués par les affres du terrorisme qui ont profondément traumatisé la société toute entière. D’autres problèmes sociaux, tels que la crise du logement, le chômage, le vide culturel, les problèmes relationnels, les échecs scolaires, la drogue et l’oisiveté, sont venus se greffer à une situation de violence, facteurs qui ont lourdement influé sur la personnalité des individus.
 
Caractérisé par la détresse et l’angoisse éprouvée dans une situation difficile ou dangereuse vécue, le désespoir a été constaté chez 15% des suicidés. Se basant sur une étude épidémiologique du phénomène, la Forem (Fondation pour la recherche médicale) donne, pour sa part, d’autres statistiques. Selon cette étude, entre 1995 et 2003, l’Algérie a comptabilisé 4571 suicides. Un chiffre qui n’est pas très réel en ce sens, expliquera l’étude, certains suicides n’ont jamais été déclarés du fait que ce phénomène est sujet tabou. Idem pour les tentatives de suicide (cinq fois plus importantes que l’acte lui-même) qui, hormis les cas d’absorption de barbituriques et donc d’admission à l’hôpital, le reste n’est jamais déclaré. Toujours, selon la Forem, les wilayas les plus touchées par «l’autodestruction physique» sont Alger, Tizi Ouzou, Béjaïa, Bouira, Aïn Defla, Tlemcen et Batna. Elles comptabilisent, à elles seules, près de 54% des cas.
 
Par Fatiha Amalou -
L'Expression, le 16 décembre 2006.

Bechar

178 tentatives de suicide en 6 ans

Considéré comme sujet tabou, le fait d’attenter à sa propre vie fait désormais partie de la vie quotidienne et il ne se passe pas un jour sans que la presse fasse état de suicide, quelque part dans le pays.

Bechar n’échappe pas à ce genre de phénomène social qui, avec la complexité de la vie, prend de l’ampleur. Selon les statistiques dressées par la police judiciaire relevant de la sûreté de Wilaya, il y a eu ces six dernières années, à Bechar, 178 tentatives de suicide, soit une moyenne de 29 cas par an.

C’est la frange féminine qui vient en tête avec 117 cas, contre 61 pour la frange masculine. Sur les 117 tentatives de suicide, 14 personnes n’ont pu être sauvées de la mort. Il est à relever que 69% du chiffre global des 178 cas, sont à mettre à l’actif des jeunes dont l’âge varie entre 12 et 20 ans. Selon le chargé de la communication au niveau de la sûreté de Wilaya, les personnes ayant essayé de mettre un terme à leur vie se disent toutes avoir des problèmes familiaux et/ou sociaux. Ces tentatives de suicide ont été faites à l’aide de différents moyens tels que lames, pendaison, détergents, teintures pour cheveux, comprimés ou autres psychotropes, asphyxie par le gaz, produits cosmétiques, peinture pour auto, craie et raticide.

Messaoud Ahmed

4 septembre 2006

Journée mondiale de prévention du suicide

Inquiétante évolution du phénomène

Le monde entier célèbre aujourd’hui la Journée mondiale de prévention du suicide, un véritable problème de santé publique. Organisée au niveau international, par l’Association internationale pour la prévention du suicide (IASP) en collaboration avec l’OMS et d’autres ONG, cette journée vise à souligner le problème du suicide en tant que cause majeure du décès prématuré et évitable.

JLe thème de cette année « La connaissance apporte de nouveaux espoirs » met l’accent sur le passage des connaissances scientifiques actuelles et des résultats de la recherche sur les comportements suicidaires à des programmes et des activités pratiques permettant de réduire ces comportements et de sauver des vies. A cette occasion, des activités se dérouleront du 8 au 15 septembre un peu partout dans le monde. Les proportions importantes qu’a tendance à prendre ce phénomène ont poussé les spécialistes à tirer la sonnette d’alarme et à tenter de trouver des explications et des moyens de lutte. D’autant que les principales causes du suicide sont, dans la quasi-majorité des cas, impossibles à connaître. Se basant sur une étude épidémiologique du phénomène, le président de la Fondation pour la recherche médicale (Forem), le professeur Khiati, a annoncé, lors d’une rencontre sur le sujet, qu’entre 1995 et 2003, l’Algérie a comptabilisé 4 571 suicides. Un chiffre qui n’est pas réel en ce sens et que certains suicides n’ont jamais été déclarés du fait que ce phénomène était un sujet tabou. Les tentatives de suicide sont, d’après lui, cinq fois plus importantes que l’acte lui-même qui, hormis les cas d’absorption de barbituriques et donc d’admission à l’hôpital, le reste n’est jamais déclaré. Les wilayas les plus touchées, a-t-il signalé, par « l’autodestruction physique » sont Alger, Tizi Ouzou, Béjaïa, Bouira, Aïn Defla, Tlemcen et Batna ; elles comptabilisent à elles seules près de 54% des cas. Quant aux causes, elles sont familiales (13%), professionnelles, situation socio-économique et troubles psychologiques. Le professeur Khiati a précisé qu’il se produit un suicide toutes les douze heures en Algérie. La tranche d’âge des 18-45 ans est la plus touchée. D’autres sources affirment qu’en Algérie, ce sont environ 10 000 personnes qui tentent de mettre fin à leurs jours chaque année, pour la plupart des adolescents. Des victimes qui manquent de soutien psychologique et ne trouvant pas souvent une oreille attentive à leur cri de détresse. Une récente étude de la Gendarmerie nationale a montré que de 1993 à 2005, 3709 affaires de suicide et 1423 tentatives ont été traitées, dont 63% des suicidés sont des chômeurs. Le phénomène touche, selon l’étude, particulièrement la couche juvénile. Ce sont les jeunes âgés de 18 à 40 ans, avec 2974 cas constatés entre 1993 et 2005, qui manifestent ce désir de mettre fin à leur vie. Dans 49,26% des cas, l’étude a montré que les raisons ne sont pas connues. De l’avis des spécilistes, dans 80% des cas, le candidat au suicide présente des troubles psychiatriques ou des troubles de la personnalité, pas forcément pathologiques, mais facilement décelables par un professionnel de la santé mentale. Par ailleurs, l’OMS dans son dernier rapport, consacré exclusivement à la santé mentale, il est indiqué que la dépression est l’une des principales causes de morbidité, sinon la première et que parmi les dix principales causes des handicaps et d’invalidité, cinq sont de nature neuropsychiatrique. Ce phénomène prend aussi des proportions alarmantes dans certains pays : entre 700 000 à un 1 million de personnes meurent des suites d’un suicide. Mais un phénomène qui reste aisément évitable en développant des centre spécialisés pour une réelle prise en charge des sujets en détresse. Des réseaux de centres d’écoute médico-psychologique seraient d’un grand apport. La multiplication de ces espaces thérapeutiques de proximité dans les établissements éducatifs permettrait sans doute de freiner l’évolution de ce phénomène redoutable.

Djamila Kourta

10 septembre 2006 El Watan

Oran Service des UMC

27 tentatives de suicide en 15 jours

Selon des sources médicales proches du service des urgences de l’hôpital d’Oran et celui de la médecine légale, les personnes qui ont tenté de mettre un terme à leur vie sont assez nombreuses à Oran et les chiffres sont en perpétuelle croissance.

Au service des UMC, on avance pour le premier trimestre de l’année 2006 près de 145 tentatives de suicide et 27 cas pour les deux premières semaines d’août. Les personnes concernées sont de tous âges, même si l’on enregistre une prédominance chez les moins de trente ans. De l’avis d’un médecin, beaucoup parmi ces victimes gardent de graves séquelles et, faute de prise en charge psychologique, beaucoup peuvent récidiver. Toujours selon la même source, ces malades, face à un problème qu’il n’arrive pas à résoudre, se retrouvent le plus souvent seuls. On les a vus, une fois les premiers soins reçus, repartir seuls, noyés dans une infinie mélancolie.

Qu’en est-il d’eux, s’interrogera un médecin? Surtout lorsqu’il s’agit d’adolescents connaissant leur vulnérabilité et les problèmes dans lesquels ils se débattent. D’un autre côté et au niveau du service de médecine légale, le nombre de dépouilles enregistrées pour suicide va en croissant. Pour cette même période, ce sont 12 femmes qui ont été comptées parmi les suicidés. Selon des sources de ce service, les moyens utilisés sont différents. Si chez les femmes ce sont les produits caustiques ou les barbituriques qui sont le plus souvent utilisés, chez les hommes, c’est la prédominance de la pendaison et de la défénestration. Quant aux causes, elles sont multiples et différentes. Chez les adolescents, ce sont surtout les échecs scolaires et les déceptions sentimentales. Alors que chez les plus âgés, c’est plutôt les problèmes d’ordre sociaux. Personne n’oubliera ce père de famille qui, ne parvenant pas à assurer son gagne-pain mettra fin à ses problèmes en mettant fin à sa vie.

H.Y.

La voix de l'Oranie. 26 août 2006

SUICIDES

Triste palmarès à Tiaret

 

Pas moins de 48 cas de suicide ont été enregistrés à travers tout le territoire national au cours du premier trimestre de cette année. C’est ce qui ressort du bilan du commandement de la Gendarmerie nationale. Un chiffre alarmant qui renseigne sur l’ampleur du phénomène. Les statistiques de la Gendarmerie nationale font état d’une nette prévalence de l’acte du suicide chez les hommes avec 32 cas, comparativement aux femmes avec 16 cas. Concernant les wilayas où le nombre de suicides reste le plus élevé, la wilaya de Tiaret occupe la première position du tableau noir avec cinq cas (4 hommes et 1 femme) enregistrés lors de ce trimestre. Quatre autres cas de suicide ont été signalés respectivement dans les wilayas de Bouira et de Mascara.

La wilaya de Tarf a enregistré trois suicides et deux cas ont été relevés respectivement dans les wilayas d’Oran, Chlef, Sétif, Mostaganem, Souk-Ahras, Médéa, Tlemcen et Biskra.

 Parallèlement aux cas de suicide accomplis, le nombre de tentatives demeure également important, si l’on tient compte des statistiques de la Gendarmerie nationale. Ainsi, le point trimestriel de la gendarmerie fait état de 42 tentatives de suicide au cours de cette même période. Si pour les suicides, le sexe masculin occupe nettement la première place, les tentatives de suicide pour le sexe féminin restent aussi importantes avec 32 cas enregistrés. Le bilan du commandement de la Gendarmerie nationale indique que la wilaya de Bouira vient en première place avec sept cas de tentative, suivie de la wilaya de Tizi-Ouzou avec cinq cas, et la wilaya de Skikda avec quatre cas.

K.Assia

Le Quotidien d'Oran 8 mai 2006

Prévention du suicide

« Ecoute... déficitaire ! »

Pour l’année 2005, nous avons enregistré, dans la wilaya de Tizi Ouzou 30 tentatives de suicide avec 23 cas de décès et 7 autres sauvés », a annoncé un médecin de la Protection civile lors d’une conférence tenue sur la prévention du suicide organisée par l’association Izurane N’tmurth, samedi dernier à la maison de la culture Mouloud Mammeri de la ville de Tizi Ouzou.

« En 2002, nous avons recensé 92 tentatives de suicide, dont 71 hommes, 9 femmes et un enfant qui en sont décédés », ajoute l’officier médecin. Mais, ce sont-là des chiffres à relativiser, car, note le docteur Bouzidi dans son intervention, « tous les cas de suicide ne passent pas par les services de la Protection civile. » Donc, le suicide serait un phénomène bien plus ravageur. Mais, déjà les statistiques offertes dans un dépliant conçu par l’association organisatrice de la conférence sont ahurissantes : citant les chiffres de la Protection civile, l’on y précise ainsi que la wilaya de Tizi Ouzou a enregistré un pic de 92 tentatives de suicide en 2002 avec 71 hommes, 9 femmes et 1 enfant alors que 11 personnes ayant essayé d’attenter à leur vie ont été sauvées pour la même année. Ce chiffre retombe à 54 cas en 2003 (dont 14 survies) et à 58 cas en 2004. A noter qu’en 2005 et sur les 30 cas de tentatives de suicide recensés, 23 décès sont des hommes alors qu’aucune femme ni enfant n’est enregistré. Chef du service psychiatrie au centre hospitalo-universitaire de Tizi Ouzou, le docteur Bouzidi a axé sa conférence sur « la responsabilité des différents segments de la société (famille, association, praticien, amis, etc.) pour prévenir le suicide ». « Le fait de vouloir se donner la mort, volontairement et consciemment, ne doit plus rester tabou et tout le monde doit savoir que des solutions existent à ce phénomène », précise le psychiatre. Le docteur Bouzidi distingue deux variantes de tentatives de suicide : celle volontaire et conscientes et celle due à un état d’aliénation. « Au maximum, 5% seulement des tentatives de suicide sont l’œuvre de personnes aliénées. Ces dernières sont considérées comme sujets malades et trouvent souvent le chemin du service de psychiatrie. Or, les autres cas, représentant la majorité, refusent de consulter pour une raison : l’amalgame fait entre psychiatrie et folie », affirme le praticien pour étayer son propos. Insistant sur la valeur de l’écoute pour les personnes souffrantes, le docteur Bouzidi, souligne que « fondamentalement, un candidat au suicide éprouve le besoin de se confier. Mais, il a trop honte de son état ou est victime de timidité. Le paradoxe de la vie moderne réside dans le fait que nous observons une croissance du besoin d’expression et une réduction des espaces et possibilités d’écoute ». « Le chômage et le manque de perspective nourrissent le mal-être et la déprime », affirme le psychiatre en relevant que « si les hommes se donnent plus la mort que les femmes, cela est dû au fait que ces dernières s’occupent plus que les premiers ».

Abdenour Bouhireb

El Watan Edition du 6 avril 2006

SUICIDE
LE PROFESSEUR RIDOUH

«Il nous faut un observatoire»
Smaïl BOUDECHICHE   -   
06 avril 2006

Le phénomène de plus en plus présent du suicide qui commence à s’installer manifestement en Algérie, est conjoncturel et structurel à la fois, nous explique le professeur Ridouh, directeur du service de psychiatrie au CHU Frantz-Fanon à Blida et également connu pour ses travaux sur les maladies mentales. Le suicide en tant que phénomène social se développe de façon notable dans les périodes de paix, intervenant après une crise économique aiguë ou une guerre prolongée, note-t-il, pour trouver une justification à la montée du nombre de suicides chez nous.
Historiquement parlant, les deux guerres mondiales et la crise économique de 1929 avaient été suivies en Europe, aux USA et au Japon, par une résurgence du suicide dans les couches défavorisées et chez les jeunes. Aussi, il est normal que l’Algérie, qui vient de sortir d’une longue décennie de terrorisme et de violence, accuse le coup en ce moment.
L’autre facteur qui encourage ce phénomène destructeur pour la personne humaine est lié aux transformations de la société algérienne et aux changements des moeurs et habitudes de vie et de comportement. L’Algérien est de plus en plus influencé par les modes de vie venant de l’Occident par le biais de contacts directs ou par l’effet des médias et autres moyens de communication dans lesquels l’individu peine à trouver son équilibre social et psychique.
Dans le premier comme dans le deuxième cas, les causes principales demeurent la solitude et la fragilisation de l’individu, qui le conduisent à se donner la mort dans des moments de désespoir. Pour le professeur Ridouh, ce sont les catégories d’adolescents de moins de 16 ans et des gens âgés qui sont les plus visées par ces deux maux. Le suicide qui frappe les intellectuels, les artistes, les hommes politiques, s’il fait beaucoup de bruit, est toutefois minime par rapport à ce que vit la société profonde de par ses diversités et ses particularités.
C’est le premier genre évoqué de suicide parce que très répandu et important en nombre, qui préoccupe le plus les spécialistes en vue de lui trouver des moyens de prévention efficaces et appropriés.
Tout ce qui encourage à éliminer les causes de la solitude et de la fragilité est le bienvenu et ce, en préservant et en promouvant les valeurs de convivialité, d’entraide et de solidarité que ce soit dans le cadre familial ou associatif. Le professeur cite l’exemple de l’élan spontané, rapide et conséquent de solidarité des Algériens, lors des inondations de Bab El Oued et le séisme de Boumerdès. Il a été d’une aide appréciable et louable pour le moral des populations touchées en contribuant à surmonter leurs difficultés et leur détresse.
Le professeur conclut son entretien en lançant un appel pour la création d’un observatoire d’épidémiologie chargé de suivre de près le phénomène du suicide et fournir les données essentielles pouvant aider à le prendre en charge convenablement, notamment dans le volet prévention. En l’absence de statistiques fiables sur le nombre des suicides et les causes, il est difficile de cerner ce phénomène, dira-t-il.

L'Expression

SUICIDE
TIZI OUZOU

248 cas en quatre ans
Hafid AZZOUZI   -   
06 avril 2006

Les chiffres sont effrayants et les causes demeurent, toutefois, mystérieuses alors que les méthodes de suicide s’avèrent multiples. Ces dernières années, et particulièrement durant la décennie en cours, le nombre des personnes qui choisissent de se donner la mort enregistre une augmentation inquiétante dans notre pays.
Tizi Ouzou, cette région de Kabylie, n’est pas en reste des autres wilayas d’Algérie. Seulement, la surmédiatisation dont fait l’objet cette contrée fait en sorte que les événements sont plus répercutés par les médias. C’est le cas du suicide dont le taux, à en croire un psychiatre à Tizi Ouzou, n’est aucunement supérieur à celui des autres régions. «Le suicide compte parmi les 5 à 10 premières causes de décès; plus d’un million de personnes en meurent, chaque année dans le monde. Ce choix qui n’a jamais laissé indifférent touche le monde entier. En constante augmentation, le suicide est devenu un grave problème de santé publique. Il représente souvent l’aboutissement d’une lutte interne psychique...», explique Taïb Youcef, dans son livre intitulé Le suicide, ce tragique destin. En outre, selon les statistiques de l’association culturelle Izuran T’murth qui a organisé, samedi dernier, une journée d’information à la Maison de la culture Mouloud-Mammeri, 3709 cas et 1423 tentatives de suicide ont été signalés durant la période allant de 1993 à 2005, en Algérie. Les wilayas les plus touchées sont Tizi Ouzou, Béjaïa, Tiaret et Oran avec respectivement 100, 99, 24 et 21. En outre, en Grande Kabylie, les communes qui occupent la première loge de par le nombre de suicides sont Aïn El Hammam et Tigzirt. D’ailleurs, cette dernière a enregistré, le week-end écoulé, un nouveau suicide. Il s’agit d’un jeune âgé d’à peine 25 ans qui a décidé de mettre fin à ses jours par pendaison dans le village d’Issenadjen. Non loin de là, et quarante-huit heures plus tard seulement, un autre cas a été signalé à Makouda. Un homme de 54 ans s’est donné la mort.
Par ailleurs, d’après des statistiques fournies par les services de la Protection civile, les hommes se tuent plus que la gente féminine. L’on relève ainsi 217 hommes, 25 femmes et 6 enfants ayant mis un terme à leur vie de 2001 à 2005. Les agents de la Protection civile ont également effectué, durant la même période, des interventions qui ont permis de sauver 59 personnes ayant tenté de se suicider. D’autre part, selon des spécialistes en la matière, les conduites suicidaires à risque sont caractérisées, entre autres, par la négligence de l’hygiène et des traitements médicaux ainsi que par des maladies psychosomatiques graves. De même, les causes pourraient être liées à des conflits antérieurs et à l’accumulation de problèmes insurmontables. La quasi-totalité des suicidés sont issus généralement des milieux sociaux défavorisés. Une enquête de la gendarmerie montre que 63% des cas enregistrés sont des chômeurs et que la pendaison représente 70% des moyens utilisés. Enfin, pour expliquer le fait que les femmes se suicident moins que les hommes, le Dr Bouzidi, chef du service psychiatrie au CHU Nédir-Mohamed de Tizi Ouzou, dira au cours d’une conférence animée samedi dernier à la Maison de la culture de la capitale du Djurdjura: «Les femmes se suicident moins parce qu’elles travaillent plus que les hommes. Donc, le grand problème c’est le chômage», a-t-il estimé.

L'Expression

SUICIDE
ORANIE

Le geste qui «libère»
Moussa MEDIENE   -   
06 avril 2006

Souad parle avec une voix presque inaudible. Elle garde pour toujours les séquelles d’un acte désespéré, commis un certain 4 août 2005, en tentant de se donner la mort.

Souad avait ingurgité une importante quantité de produits détergents. Sauvée in extremis par sa famille, les médecins de l’hôpital d’Oran avaient réussi à pratiquer un lavement et après plusieurs jours, «ballottée» entre la vie et la mort, cette jeune fille de 24 ans a été définitivement sauvée. Presque une année après sa tentative de suicide, Souad n’a plus goût à la vie. Elle supporte mal la «compassion» des autres, leurs regards, surtout des siens, des membres de sa famille, qui n’ont même pas cherché à savoir les causes qui l’ont poussée à accomplir ce geste. Un secret qu’elle tait et une blessure béante qui refuse de se cicatriser.
Le cas de Souad n’est pas singulier. La presse oranaise fait écho presque chaque matin, de cas de tentatives de suicide ou de suicides enregistrés dans toutes les localités de la wilaya. Les services des Urgences médico-chirurgicales (UMC) et de la médecine légale sont «habitués» à recevoir régulièrement des hommes et des femmes, dans un état physique et psychologique lamentable qu’il faudrait prendre en charge médicalement d’abord. Le soutien psychologique est une autre affaire...
Le suicide à Oran est un véritable problème de société. Pour la seule année 2005, le service de la médecine légale a procédé à l’autopsie de 25 dépouilles de suicidés, soit une moyenne de deux cas mensuellement.
Le professeur Ahmed Réda Hakem, responsable de ce service au CHU d’Oran, est catégorique: «C’est une véritable hécatombe!», déplore-t-il, lorsqu’on l’interroge sur les cas qu’il reçoit régulièrement. «Toutes les couches de la société et toutes les tranches d’âge sont concernées par ce phénomène, même s’il y a une prédominance des moins de 30 ans», explique-t-il. En effet, les statistiques disponibles au niveau de ce service indiquent que sur les 25 cas de suicides, 20 victimes sont âgées de 18 à 30 ans. 12 sont des jeunes femmes. Si les suicidés sont dirigés vers le service du Professeur Hakem, ceux qui ont raté leur entreprise sont pris en charge dans les locaux des UMC, presque dans l’indifférence la plus totale de leurs familles. «Le père ou le frère aîné se contente d’évacuer le jeune frère ou la soeur qui a tenté de mettre fin à sa vie et puis il disparaît. Certains malades sont contraints de quitter l’hôpital par leurs propres moyens, alors que c’est à ce moment-là qu’ils ont le plus de besoin des leurs», fait remarquer un urgentiste. La situation est encore plus dramatique, quand des familles ne réclament même pas les corps. Ils sont anonymement inhumés par l’hôpital.
Les cas de tentatives de suicide ne cessent de grimper en Oran. Pour le seul premier trimestre de l’année en cours, 145 tentatives ont été enregistrées et traitées médicalement. «La seule prise en charge d’un médecin ne suffit pas car, à leur sortie, beaucoup de victimes gardent des séquelles irréversibles. Certains meurent peu de temps après. Les autres, faute d’un suivi psychologique et d’un soutien familial, récidivent ou se laissent mourir dans l’indifférence la plus totale», souligne un praticien de la médecine légale. Pour ce même trimestre, le service de médecine légale a «reçu» une vingtaine de dépouilles de suicidés dont six ont été autopsiés et la cause de leur mort déterminée. Là également, la pendaison et l’absorption de produits caustiques et autres sont à l’origine de leur décès.
Tous les moyens s’avèrent bons pour mettre un terme à une vie tumultueuse et pénible. Les hommes préfèrent la pendaison ou se jeter d’une falaise ou d’un pont. Ils étaient 14 à recourir à ce «procédé» en 2005. Les femmes, par contre, recourent aux produits caustiques, médicamenteux et pesticides pour se suicider. Au total, elles étaient 11 dans ce cas et pour la même année.
Oran vit les mêmes problèmes que les grands centres urbains du territoire national: exode rural, chômage, paupérisation de larges franges de la société, cherté de la vie.
A ces facteurs socio-économiques, s’ajoutent les drames individuels dus à l’éclatement de la cellule familiale, à l’échec scolaire, aux déceptions sentimentales, mariages forcés, à l’absence de communication parents-enfants, à la transgression de certains tabous - relations illégitimes, grossesses involontaires et à bien d’autres causes qui méritent, il est grand temps, d’être abordées et cernées par des praticiens de toutes les spécialités, psychologues, sociologues, psychiatres, psychanalystes, pédagogues, médias etc.
Incontestablement, un acte de suicide, au-delà de son côté tragique et dramatique, est surtout une alerte, un signe de malvie, de malaise et un cri de détresse, parfois fatal, lancé à une société en perte de repères et qui s’adapte tant bien que mal aux mutations profondes qu’elle connaît. Là est tout le drame....

L'Expression

SUICIDE
EST DU PAYS

Le mot de la fin
Ikram GHIOUA   -   
06 avril 2006

Le désespoir, la dépression nerveuse, la drogue, les échecs scolaires, les déceptions affectives, l’oisiveté, les troubles mentaux (qui sont pour les chimistes une mélancolie absolue qui déclenche l’auto-accusation, la honte, la culpabilité et le rejet de soi- même en tant qu’être social) résument les principaux facteurs qui mènent droit au suicide. Ce phénomène qui s’inscrit dans un cadre social, est un acte exclusivement humain, considéré comme incontrôlable. Il se résume au fait de se donner volontairement la mort. Sa dimension est universelle et il est vécu comme un véritable drame, sachant que personne n’est à l’abri de ce genre de tragédie.
Comme dans le monde entier, le suicide est un fait réel en Algérie, notamment à l’est du pays. Chaque jour, les services de la Protection civile, qui sont toujours les premiers à être sur les lieux du drame, enregistrent pratiquement, un suicide par jour à Annaba, Constantine, Jijel, Béjaïa et autres wilayas. Le dernier acte de suicide a été enregistré à El Milia, wilaya de Jijel. Il remonte à quelques jours seulement. Selon des statistiques, rien qu’à Constantine, les services de la Protection civile ont enregistré pas moins de 28 cas et tentatives de suicide, dont 19 ont pu être sauvés. Les victimes sont généralement âgées de 14 à 52 ans.
Si à Annaba, Jijel, Skikda, Khenchela, Batna et Tébessa les sujets préfèrent la pendaison, à Constantine, les suicidaires, choisissent la chute par le pont de Sidi M’cid dont la hauteur est de plus de 100 m. Ce pont est appelé aujourd’hui «le pont des suicidaires». Le choix de la chute est plus sûr pour les sujets qui veulent aboutir à un résultat positif.
Dans les rapports des services de la Protection civile, les suicidaires attendent que le trafic routier soit moins dense et l’absence des passants pour s’exécuter. Selon ce même rapport, le taux des suicidaires de sexe féminin a atteint les 35,71%.
Les victimes sont généralement issues de familles dont les conditions sociales sont modestes et pour lesquelles les pressions de la société sont vécues comme un désespoir. D’après des spécialistes (psychologues, psychiatres et sociologues) l’arrivée des grandes chaleurs est le moment propice pour les suicidaires, qui coïncide avec la période des examens de fin d’année. Souvent ce sont les lycéens qui préfèrent donner rendez-vous à la mort plutôt que d’affronter les échecs. Par contre, selon les rapports des services de la Protection civile, il a été révélé, que la plupart des cas sont enregistrés durant le mois de septembre. Les rapports ajoutent que les tentatives de suicide occasionnent des handicaps à vie au sujet. Malgré que cet acte est interdit dans toutes les religions du monde, il demeure néanmoins une issue pour fuir les pressions qu’exercent la société et l’entourage familial sur un individu.
Sur ses faits et causes, nous avons interrogé plusieurs spécialistes ; ces derniers sont tous d’accord pour partager le concept que le suicide est défini comme un acte altruiste, selon Durkheim. C’est une forme essentiellement développée dans les pays où la société est très conservatrice. L’autre forme est un acte d’égoïsme. Celui-là provient d’une carence de biens sociaux, des pressions poussées qui conduisent au repli de l’individu sur lui-même et se donne la mort, puisqu’il sera parfois incapable de trouver des motifs d’existence. Il ressort des expériences de nos interlocuteurs, qu’à Constantine et à l’instar des autres wilayas, le taux de suicide des célibataires est nettement plus élevé, mais on n’exclut pas que le mariage préserve du suicide puisqu’avec la famille, c’est l’intégration dans le groupe.
Cette montée du suicide chez les jeunes a poussé plusieurs organisations à tirer la sonnette d’alarme et elles ont noté que les moyens de suicide varient entre les hommes et les femmes. D’une manière générale, nos interlocuteurs soulignent que les sujets de sexe masculin choisissent souvent l’arme à feu ou la pendaison (cette dernière méthode est la plus utilisée dans notre pays, particulièrement dans les douars les plus reculés). Les femmes recourent dans la plupart des cas aux produits chimiques et la chute volontaire. C’est d’ailleurs la méthode la plus utilisée à Constantine. Il y a quelques années, le suicide d’une adolescente (dont la famille est très connue à Constantine), Ines, a choqué toute la population. Elle avait à peine 16 ans, elle était très belle, pleine de vie et aimée de tout son entourage. Malgré le fait d’être issue d’une famille ne manquant de rien et très studieuse, cette jeune fille s’est donnée la mort volontairement, en se jetant du pont de Sidi M’cid. Elle emportera avec elle le secret qui l’a poussée à cet acte. A l’époque, on avait beau chercher la raison en vain. Beaucoup de son âge ont agi, depuis, de la même façon.
Aucune personne ayant tenté de mettre fin à sa vie n’a voulu répondre ou témoigner, sauf cet homme, d’une cinquantaine d’années. Il avait avalé une forte dose de calmants et a été sauvé miraculeusement. La première fois c’était durant les années 90, puis en 2000. «Je n’avais plus aucune envie de vivre, aucun espoir, après la mort du petit frère, mon père un mois après, et avant eux l’assassinat de mon cousin par des terroristes, et après le décès de ma mère, rien ne me retenait plus à cette vie. Pourtant j’ai une femme exemplaire et des enfants très loyaux, je les ai perturbés et je le regrette. Je voulais vraiment atteindre mon but et en finir avec cette vie, surtout que le contexte social était décevant, je n’arrivais pas à assumer les dépenses. Franchement, la mort me semblait être la seule solution et l’apaisement à mes souffrances. C’est égoïste, pourtant je suis très croyant, mon acte était incontrôlable et stupide. Par deux fois, j’ai tenté de mettre fin à ma vie et par deux fois j’ai été sauvé par miracle.
J’ai compris que Dieu m’a épargné cette fin pour des raisons que lui seul connaît, et j’ai demandé pardon à mon épouse et mes cinq enfants qui sont ma fierté aujourd’hui.» Au fait, personne ne peut réellement identifier l’ensemble des facteurs qui mènent au suicide. On souligne selon des études, que 75% des personnes décédées par suicide au niveau des wilayas du pays, ont, d’une manière directe ou indirecte, annoncé leur désir de mourir tout en affichant le désespoir. Il ressort également de certaines études établies que toute tentative de suicide est un appel de détresse.

L'Expression

Neuf cas de suicides déjà enregistrés à Béjaïa

La wilaya de Béjaïa a enregistré durant le premier trimestre de l’année en cours, 8 cas de suicides recensés dans les localités de Chelleta, Ighil Ali, El-Kseur, Béjaïa, Tazmalt et Barbacha.
  Selon le rapport de gendarmerie, les personnes suicidées se sont donnés la mort par pendaison, pour ensuite signaler que quatre autres tentatives de suicide, faites par deux personnes de sexe masculin et deux autres de sexe féminin ont eu lieu.  Et dans la journée d’avant-hier, un neuvième cas de suicide a été enregistré dans la localité de Tazmalt.  Selon nos sources, la victime s’est donnée la mort par pendaison également, dans son propre magasin.  Voilà un phénomène qui inquiète sérieusement les populations et qui doit être pris en charge au plus vite par les pouvoirs publics. Le manque d’emplois pour les jeunes et l’absence de perspectives d’avenir sont, sans nul doute, les principales causes de cette tragédie qui endeuillent des familles.

A. Z.

La Nouvelle république 06-04-2006

BÉJAÏA
Huit cas en trois mois
Arezki SLIMANI   -   
06 avril 2006

Le phénomène du suicide continue à toucher de plein fouet la région de Basse Kabylie. Huit cas ont été enregistrés depuis le début de l’année, soit en trois mois seulement. La commune de Béjaïa figure en tête de peloton avec quatre cas. Les quatre autres ont été comptabilisés à El Kseur, Berbacha, Timezrit et Aokas. Des chiffres qui dénotent la situation de détresse de la population. Les personnes qui se sont donné la mort ont eu recours à la pendaison au moyen d’une corde.

L'expression

LE PHÉNOMÈNE EST INQUIÉTANT À TIZI OUZOU

Deux suicides tous les 10 jours

Convaincue que la meilleure manière pour lutter contre le suicide reste la prévention, l’association Izuran n’tmurth de Tizi Ouzou  a pris l’initiative d’organiser, depuis hier  à la maison de la culture Mouloud-Mammeri, trois journées de sensibilisation sur ce phénomène qui demeure des plus inquiétants dans cette wilaya.      

En effet, les statistiques établies par la gendarmerie, d’un côté, et la Protection civile, d’un autre, sur le suicide dans la wilaya de Tizi Ouzou pour l’année 2005, bien que légèrement différentes, démontrent combien ce phénomène est effectivement inquiétant et qu’il prend toujours, depuis quelques années, des proportions alarmantes, notamment dans certaines wilayas du pays telles que Béjaïa, Tizi Ouzou, Bouira, Oran, Skikda, Tlemcen et Mila. Dans son bilan, la gendarmerie a enregistré 35 cas de suicide dans la wilaya de Tizi Ouzou, avec donc une moyenne d’un suicide chaque 10 jours, alors que la Protection civile, dans son bilan de la même année, a enregistré 23 cas et 7 tentatives dont les sujets ont pu être sauvés. Dans une enquête réalisée par la Gendarmerie nationale, et dont les résultats sont exposés à la maison de la culture Mouloud-Mammeri, il est relevé que 63% des suicidés sont des chômeurs et que la pendaison représente 70% des moyens utilisés pour se suicider, suivie de l’empoisonnement. D’après les statistiques établies par la Protection civile pour la période allant de 2001 à 2005, il ressort encore que le plus grand nombre de suicidés sont de sexe masculin et que le nombre, de 23 suicidés, enregistré en 2005 est le plus bas de la période, sachant qu’en 2001, le nombre de suicidés était de 44, en 2002, de 71, en 2003 de 35 et en 2004 de 44. Il est à signaler que les statistiques réalisées en 2000 étaient encore plus effarantes. 100 cas de suicides ont été enregistrés durant cette année et les localités les plus touchées sont Aïn El Hammam et Aït Yahia avec 20 cas chacune et puis Tigzirt avec 19 cas. Quant aux causes de suicide, les différentes études et enquêtes réalisées relèvent que celles-ci diffèrent d’un cas à un autre mais se situent toutes entre le vide spirituel, une perte problématique, des conflits antérieurs, et l’accumulation de troubles. Chez les adolescents, les cas de suicide sont souvent liés à l’échec scolaire, notamment lorsqu’il est suivi de rejet, à la dissociation familiale ou à une rupture amoureuse. C’est sur la base de ces études, enquêtes et bilans qui démontrent, on ne peut plus clair, que la situation du suicide est toujours alarmante dans la wilaya de Tizi Ouzou que l’association Izuran n’tmurth a d’ailleurs décidé d’organiser ces journées de prévention durant lesquelles des brochures, indiquant surtout ce qu’il faut faire et ce qu’il faut éviter pour sauver “les candidats au suicide”, sont distribuées et qu’une conférence intitulée “Prévenir le suicide” devait être animée par le chef de service psychiatrie du CHU de Tizi Ouzou, le Dr Bouzidi, dans l’après-midi d’hier.

Samir Leslous

Liberté 2 avril 2006

Le suicide fait des ravages en Algérie

Le nombre de suicides en Algérie a considérablement augmenté pendant l’année écoulée. Ce phénomène, qui touche surtout les jeunes, révèle le malaise social qui ronge ce pays.

L’Algérie déprime-t-elle ? La question se pose, aujourd’hui plus que jamais, dans ses termes les plus crus pour le voisin de l’Est. Psychologues, éducateurs et médecins algériens ne cachent plus cette réalité, si amère soit-elle. Les chiffres sont très parlants. Contre 210 cas de suicides enregistrés en 2004, ce nombre est passé à 244 dans le courant de l’année écoulée. C’est ce que nous apprend une étude récente très édifiante. 34 cas de suicide de plus, donc. Un nombre susceptible d’augmenter dans l’année en cours, puisque, en 2005, 324 tentatives de suicide avaient été « ratées ». Une avancée galopante autant que préoccupante dans l’Algérie de Bouteflika, enregistrée principalement, -et très significativement-, chez les jeunes. 4 cas sur 5 recensés entre 1993 et 2005 concernent des personnes âgées entre 18 et 40 ans. Cette catégorie sociale, qui doit incarner l’avenir du pays voisin, trouve dans le suicide une échappatoire, -ou une soupape-, à un malaise social réel et de plus en plus ravageur. Les dernières émeutes, suscitées spontanément par des jeunes de Maghnia, pour ne citer que cette ville frontalière avec le Maroc, reflètent la déprime d’une jeunesse algérienne livrée à elle-même. Le chômage est cité comme l’une des raisons principales de ce phénomène. 63% des suicidés sont sans profession, 8% se livrent au commerce informel et 6 % sont des étudiants. La pauvreté, voire la misère, ne laisse aucune chance à cette jeunesse abandonnée. Pas plus, d’ailleurs, que l’incapacité du pouvoir actuel à traduire sur le terrain des promesses qui, décidément, ne devraient engager que lui. Fausses illusions. Mais passons. Cette jeunesse, dont il est ici question, vit en Algérie.
L’Algérie des pétro-dollars, que sait-on, des gazo-dollars ! Il est donc impensable que dans cette Algérie, riche en ressources énergétiques, un Algérien puisse vivre avec moins d’un dollar par jour ! Que, dans ce pays, qui croule sous l’or noir, il puisse encore exister 12 millions de citoyens vivant sous le seuil de la pauvreté ! Cherchez où le « nerf de la guerre » est dépensé. Vous avez dit armement ?
Tout bien considéré, l’augmentation du taux de suicide dans le pays voisin n’est pas étonnante. Pas plus que ne sont étonnantes ces émeutes devenues presque quotidiennes dans les principales villes algériennes. Pour les couches socialement défavorisées, le suicide serait plus clément que leur «qualité» de vie.
Encore que les moyens utilisés par les suicidés inspirent l’horreur. Au-delà de la pendaison, traditionnelle et, par ailleurs, pratique, les moyens utilisés varient entre l’empoisonnement par un produit chimique, l’arme blanche ou à feu, la chute ou la noyade. Mieux vaut se faire violence que la subir dans un pays qui a développé un système où la rente est élevée au rang de «bonne gouvernance », et où les discours cachent souvent des pratiques douteuses. La pédagogie du pire. La détresse des Algériens provient de là.
Le 30-3-2006
Par : M’Hamed Hamrouch

Aujourd'hui Le Maroc

La foi n’empêche plus le suicide

(Syfia Algérie) Le suicide en Algérie se propage comme une traînée de poudre. Bien que considéré comme un péché capital par l’islam, cet acte fatal est en passe de devenir une échappatoire pour beaucoup d’Algériens, notamment les jeunes.

"Ma vie est un véritable échec. À 16 ans, j’ai fugué de la maison parce que je ne pouvais plus supporter l’autorité paternelle. J’étais une fille révoltée. Je n’ai pas pu supporter l’autorité... de la rue. Mais la vie m’a matée, marquée au fer rouge. Pour afficher ma désapprobation, j’ai attenté à ma vie", nous raconte Naziha, hospitalisée après une tentative de suicide. À 24 ans, elle est fille-mère. Avec le suicide, cela lui fait deux "tares" que la société algérienne ne pardonne pas. "En trois ans, j’ai été hospitalisée à deux reprises pour dépression nerveuse. J’ai un enfant, qui a maintenant 3 ans, et pour le nourrir, j’ai dû me prostituer, parfois pour le prix d’un sandwich, dix dinars." Un jour, elle a craqué et s’est jetée sous les roues d’une voiture. "J’étais consciente, ajoute Naziha. Je voulais mourir. C’est l’amour pour mon fils qui m’a donné le courage d’affronter la mort. Je ne voulais pas qu’il sache que je me prostituais." Et de lancer, par défi ou conviction : "La prochaine fois, je choisirai un moyen plus efficace." KHALED Larbi, psychologue à l’hôpital Mustapha Bacha, qui suit la jeune femme, retrouve chez elle des symptômes présents chez les jeunes de plus en plus nombreux à recourir au suicide : "Psychologiquement, Naziha est perturbée. Socialement et émotionnellement, elle est instable. Elle voit le danger partout. Elle n’a confiance en personne, elle ruse, elle ment. C’est un réflexe de survie. Elle retourne la violence contre son propre corps et le suicide en est la pire forme. Elle est renfermée sur elle-même et refuse toute communication. Il m’a fallu plusieurs séances de thérapie pour gagner un peu de sa confiance."

Les femmes tentent, les hommes réussissent

Les psychologues, les éducateurs et les médecins algériens s’accordent à dire que les voyants sont au rouge, notamment en raison de la progression des tentatives de suicide surtout chez les jeunes ces dernières années. En 2005, 244 suicides et 324 tentatives ont été enregistrés en Algérie et respectivement 210 et 449 en 2004. Même si l’OMS recommande la prudence dans la comparaison de statistiques de suicide, le taux de suicide en Algérie (deux pour 100 000 habitants) reste cependant inférieur aux moyennes mondiale et africaine, qui avoisinent toutes deux six pour 100 000. Selon les statistiques de la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN) et de la Gendarmerie nationale, 166 des 244 personnes qui se sont donné la mort en 2005, sont de sexe masculin. "Il apparaît clairement qu’une grande partie des femmes ne cherchent pas réellement à mettre un terme à leur vie. Durant les six premiers mois de l’année dernière, nous avons enregistré 212 tentatives de suicide dont 128 commises par des femmes", indique un officier de police. Pour Mme Lamia Hacéne, psychologue à l’hôpital Mustapha Bacha, cette attitude s’explique par une volonté plus marquée chez les femmes de lancer un appel de détresse : "Les tentatives de suicide sont un SOS pour l’entourage. C’est une façon d’attirer l’attention de la famille. " Même si ce phénomène social touche toutes les tranches d’âge de la société, la catégorie des jeunes reste la plus vulnérable ; 4 cas sur 5 recensés entre 1993 et 2005 concernent des personnes entre 18 et 40 ans. De même, d’après la Sûreté nationale, que les couches socialement défavorisées. 63 % des suicidés sont sans profession, 8 % exercent une activité libérale et 6 % sont des étudiants. Quant aux moyens utilisés pour mettre fin à leurs jours, il s’agit dans 7 cas sur 10 de la pendaison, le reste se répartissant entre empoisonnement (par produit chimique), armes blanches ou à feu, chute, noyade, etc.

Malgré l’interdit religieux...

L’Algérie est pourtant un pays à dominante musulmane, et selon les préceptes de l’islam, la vie est sacrée. "La personne qui tente de mettre un terme à sa vie n’a aucun repère ni aucune véritable formation religieuse", nous a affirmé un imam. Dalila, présentatrice d’une émission religieuse à la télévision, affirme : "C’est Allah qui donne la vie et c’est lui qui la reprend. La vie doit être perçue comme un don du ciel. Les personnes qui se donnent la mort sont certes musulmanes, mais pas croyantes. Il ne suffit pas de dire qu’on a la foi, il faut aussi la fortifier pour pouvoir faire face aux problèmes de la vie." La présentatrice estime que le suicide est devenu une mode. Une mode, peut-être, mais si ce n’est plus la religion, qu’est-ce qui donne encore espoir aux jeunes en souffrance ? Nombre de ceux qui se suicident en Algérie sont musulmans pratiquants et ne manquaient de rien, matériellement en tout cas.

Malika Belgacem InfoSud - Syfia

"Il avait tout pour être heureux" Pour les familles des victimes, le suicide est une malédiction. Elles font difficilement leur deuil et le sentiment de culpabilité est pesant. "Je n’arrive pas à admettre et à comprendre pourquoi mon fils Brahim s’est suicidé, confie Zorha, qui habite un quartier chic d’Alger. Il était musulman pratiquant. Matériellement, il ne manquait de rien. Il avait tout pour être heureux : un appartement, une voiture et un travail stable. Aucun signe apparent n’indiquait qu’il allait se donner la mort." Zohra poursuit pourtant : "Nous sommes issus, mon mari et moi, d’une famille conservatrice patriarcale. C’est le père qui décide pour tout. J’ai été élevée de cette façon et j’ai élevé mes enfants aussi de cette manière. Est-ce que cela fait de mon mari et de moi les responsables de son acte ? Nous aimons nos enfants." Pour en finir avec la vie à 22 ans, Brahim a utilisé un moyen qui ne rate pratiquement jamais, la pendaison. Pour ses parents, c’était comme un jugement sans appel. "À chaque fois que je pense à lui, je ne peux m’empêcher de me remettre en cause. Aujourd’hui, j’ai peur qu’un de mes autres fils fasse la même chose. Et pourtant, j’ai toujours été présente pour mes enfants."

M. B.

Malika Belgacem

Mis en ligne le 9 mars 2006

Infosud Belgique

Suicide en Algérie
Un problème de santé publique

Les spécialistes s’accordent à affirmer que le suicide constitue, aujourd’hui, un véritable problème de santé publique de part les pertes humaines qu’il engendre, mais aussi des problèmes sociopsychologiques qu’il reflète.

Une récente étude réalisée par la Gendarmerie nationale et publiée dans sa dernière revue, a montré une évolution inquiétante de ce phénomène qui a tendance, expliquent les spécialistes, à devenir l’une des principales causes de mortalité. Le suicide touche, selon l’étude, une importante couche de la population, notamment juvénile, « poussant les spécialistes à tirer la sonnette d’alarme ». Il touche surtout les wilayas de Béjaïa, Tizi Ouzou, Bouira, Tlemcen, Oran, Skikda et Mila. De 1993 jusqu’au 31 août 2005, la Gendarmerie nationale a traité 3709 affaires de suicide et 1423 tentatives. Les suicides constatés concernent 2787 hommes, soit 75,08% des cas, et 924 des femmes, soit 24,91% des cas. Pour l’année 2005, les enquêteurs ont enregistré 136 suicidés dont 112, soit 82,35%, sont des hommes, et 24, soit 17,64%, sont des femmes, pour la plupart célibataires. Les recherches ont montré que le désire de mettre un terme à sa vie touche surtout les jeunes âgés entre 18 et 40 ans, avec 2974 cas, constatés entre 1993 et août 2005. Néanmoins, 66 cas de suicide ont été enregistrés durant l’année 2004 chez les personnes âgées de plus de 40 ans et 34 cas pour les seuls huit mois de l’année 2005. Pour les moins de 18 ans, la gendarmerie a recensé 24 cas en 2004 et 10 cas entre le 1er janvier et le 31 août 2005. Les suicidés viennent de différentes couches de la société, mais sont souvent des personnes sans profession avec 63% des cas. Les fonctionnaires représentent 11% des cas, les employés 12%, les activités libérales 8% et les étudiants 6%. Le moyen le plus utilisé (70% des cas) dans les suicides est la pendaison, l’empoisonnement, les armes à feu ou blanches, les objets tranchants. Cependant, il est important de préciser que les hommes recourent souvent aux armes à feu ou à la pendaison alors que les femmes préfèrent l’empoisonnement à l’aide de produits chimiques. Les spécialistes ont estimé que les principales causes du suicide sont, dans la majorité des cas, impossibles à connaître du fait que ce geste désespéré a toujours été considéré par la société comme étant « un acte contraire à l’Islam et aux traditions ». Souvent, les familles refusent de divulguer les raisons qui ont poussé un de leur membre à mettre fin à sa vie. Néanmoins, l’étude a permis de faire ressortir plusieurs facteurs qui poussent au suicide, notamment psychologiques. D’abord, les troubles mentaux, ou psychoses, qui impliquent une perte de contact avec le réel, les troubles non-psychotiques, ou névroses, qui, généralement, n’impliquent pas de rupture avec le réel, mais rendent la vie pénible, malheureuse, et enfin les troubles de la personnalité qui affectent les psychopathes et sociopathes ainsi que les individus présentant d’autres comportements excessifs ou déviants. « Il a été démontré que la plupart des personnes suicidées, soit 874 cas, souffrent de troubles mentaux : 31 cas en 2004 (24 hommes et 6 femmes), 24 cas (22 hommes et 2 femmes) constatés durant les huit premiers mois de 2005 ». Pour mieux expliquer ce phénomène, les spécialistes ont indiqué que l’évolution de la famille algérienne, due essentiellement aux facteurs socioéconomiques, a laissé des séquelles apparentes sur la structure de la société. Les effets de ses changements ont été accentués par les affres du terrorisme qui ont profondément traumatisé la société toute entière. « La violence et la barbarie dues au terrorisme ont eu des conséquences négatives, telles que la douleur, la souffrance et l’échec sous toutes ses formes. D’autres problèmes sociaux, tels que la crise du logement, le chômage, le vide culturel, les problèmes relationnels, les échecs scolaires, la drogue et l’oisiveté, sont venus se greffer sur la situation de violence, facteurs qui ont lourdement influé sur la personnalité des individus et, graduellement, de nouveaux comportements se sont manifestés sous plusieurs formes, tels que le suicide, puisque 12% des suicidés souffrent de problèmes sociaux. » L’enquête a également noté que la dépression nerveuse, qui est une tristesse persistante et profonde sans raison apparente, touche 15,69% des suicidés. Ainsi, en 2004, 15 cas ont été constatés, alors que durant les huit premiers mois de 2005, il y a eu 18 cas et 10 tentatives. Caractérisé par la détresse et l’angoisse éprouvée dans une situation difficile ou dangereuse vécue, le désespoir a été constaté chez 15% des suicidés. Entre le 1er janvier et le 31 août 2005, les gendarmes ont constaté 5 cas souffrant de désespoir et 11 cas durant l’année 2004. Les statistiques ont montré que les suicidés souffraient dans 3,67% des cas de désespoir, dans 13,23 % des cas de dépression nerveuse, dans 16,17% des cas de problèmes familiaux et dans 17,64% des cas de maladies mentales. Dans 49,26% des cas, les raisons ne sont pas connues. Ce qui laisse le phénomène très méconnu des spécialistes et rend difficile toute intervention tendant à le réduire.
 

Salima Tlemçani,  El Watan - Edition du 5 mars 2006

Selon des statistiques de la gendarmerie nationale
Les hommes se suicident plus que les femmes

Par : Farida L   Le : mardi 21 février 2006

Le suicide reste  ce phénomène inexplicable que ni les sociologues ni les psychologues n’arrivent à  analyser de manière rationnelle. Chez nous ce fléau  prend de plus en plus d’ampleur et touche toutes les catégories d’âge de moins  de 18 ans à plus de 40. Les statistiques données par la gendarmerie nationale pour les suicides et tentatives de suicide enregistrés durant l’année 2005 renseigner sur la gravité de la situation. En effet pas moins de 192 suicides et 223 tentatives de suicide ont été signalés au cours de cette période. Les hommes attentent à leur vie plus que les femmes soit 192 contre 156, ce chiffre relatif au suicide des femmes reste très élevé et traduit un bouleversement des valeurs qui ont longtemps préservé la femme de ce genre de phénomène que la religion interdit de manière catégorique. Les cas de suicide de moins de 18 ans sont au nombre de 36, ceux qui se suicident entre 18 et 40 ans se chiffrent à 123, les plus de 40 ans sont au nombre de 53. Là aussi on se rend compte que les gens qui mettent fin à leur vie ne sont pas seulement ces jeunes adolescents qui n’arrivent pas à trouver leurs repères, mais aussi des pères et des mères de familles  que les circonstances les  emmènent à commettre l’irréparable. Ces circonstances peuvent être liés au désespoir (6 cas) à des dépressions nerveuses (22) à des problèmes familiaux (27) ou à d’autres causes (103).
On se suicide plus à Béjaïa avec 22 cas répertoriés qu’a Alger par exemple où seulement 8 cas de suicide ont été enregistrés. 
Dix cas été recensés dans les wilayas de Tlemcen et Oran. Les wilayas qui n’ont enregistré aucun cas de suicide sont  Béchar, Tamanrasset et Guelma, des wilaya du Sud ou la vie est menée de manière très paisible.

El Moudjahid

CRA
Les enfants de la meurtrissure

Parmi les 349 patients traités tout au long de l’année par l’équipe de psychologues du centre de santé du CRA, 253 sont âgés entre 4 et 20 ans et dans cette tranche d’âge particulièrement vulnérable, 139 sont de sexe féminin.

A des degrés divers, mais tout autant pathétiques les uns que les autres, les cas traités en consultation ou en thérapie individuelle font ressortir des psychotraumatismes, dont l’origine est le plus souvent lié aux séquelles du terrorisme.Nesrine était à peine âgée de 12 ans quand son frère aîné est assassiné et son père enlevé par les hordes terroristes près du domicile familial, dans le quartier chaud de Benchergui. Elle ne s’en est jamais remise. Plusieurs tentatives de suicide, des fugues répétées et des troubles qu’elle traîne comme un boulet. Angoisses, asthénie, tendances suicidaires, troubles psychosomatiques... Amina, 22 ans, a vécu le même drame traumatisant. Elle attend toujours son père enlevé par des terroristes à la cité Ameziane. Elle n’accepte pas le fait accompli et refuse l’idée qu’il soit mort. Amina avait 11 ans au moment des faits et aujourd’hui elle souffre des mêmes troubles que Nesrine. La psychologue en charge de ces deux cas fonde cependant de gros espoirs quant à l’amélioration de leur tableau clinique qui laisse espérer que, dans quelques mois, elles seraient en mesure de sortir la tête de l’eau et surmonter leurs traumatismes. Sif Eddine, 14 ans aujourd’hui, n’arrive toujours pas à se sortir de l’expérience traumatisante qu’il a vécue à l’âge de 3 ans au domicile familial situé à Kef Salah, dans la commune de Didouche Mourad. Un âge, nous dit la psychologue chargée de son cas, où les mécanismes de sécurité ne fonctionnent pas encore. Son père était un terroriste recherché par les forces de sécurité et, de ce fait, le domicile familial était régulièrement ratissé par les forces de sécurité. En plus d’avoir perdu son père et d’être rejeté par ses cousins, ces expériences traumatisantes ont laissé en lui de profondes séquelles. Difficultés de communication, anxiété, troubles du sommeil, énurésie et un important retard scolaire. A 14 ans, il fréquente la 5e année primaire, ce qui accentue davantage encore son repli sur soi. A son écoute depuis trois mois, sa psychologue espère avec le temps instaurer une relation de confiance qui pourrait briser la glace et faire reculer les troubles, dont il souffre

El Watan Edition du 12 février 2006

Trahison
Des agents de l’ordre ont fait échouer, dans la soirée du mercredi, une tentative d’immolation par le feu de trois jeunes. » En dépit de la teneur de l’information sur les raisons inavouées et de la concordance des révélations, ce fait nous renvoie à cette réalité vécue par beaucoup dans leur chair. Les jeunes en premier. En effet, nous sommes habitués à être abreuvés de nouvelles sur des cas de suicide, dont ont été le théâtre de paisibles et recluses régions de l’intérieur du pays ou, comme l’aime à l’appeler une certaine presse bien excitée « le pays profond », à l’opposé de cette Algérie utile. Le suicide, convenons-en, n’a pas de coloration régionaliste, contrairement aux supputations des bien-pensants. Le phénomène du suicide atteint des « pics » dans tel endroit plus que dans tel autre. Toutefois, il n’épargne aucune région tant le dénuement est partout. C’est le cas d’ailleurs de la capitale. Ce geste, expliqué sous cet angle, nous renseigne, s’il en est, sur le degré de déliquescence atteint par la société et surtout sa frange la plus fragile que sont les jeunes. Ne savant à quel saint se vouer, ils s’adonnent, pour les moins nantis d’entre eux, à des pratiques plus que funestes et nuisibles à la santé. L’ingéniosité ne manque pas à ces jeunots, puisqu’ils trouvent souvent « la petite chose » pour se griser à petit frais. Les pouvoirs publi